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La Cité des Terres de l'Ouest : ce qui reste quand une ville disparaît

Marchands sogdiens

Il y a des villes qui disparaissent sans laisser de traces de leur fin. Loulan est de celles-là. Quelque part au IVe siècle, cette cité-oasis qui commandait le passage entre la Chine et l'Asie centrale s'est tue. Les sources se sont taries, le sable a avancé lentement. Pas de traces de combat, pas de signes de fuite précipitée. Les manuscrits, les tissus, les pièces de monnaie sont restés dans les ruines, comme si leurs propriétaires avaient simplement prévu de revenir. En 1901, l'explorateur suédois Sven Hedin la retrouva sur la rive nord-ouest du lac Lop Nor. Loulan réapparut devant le monde. Elle avait gardé le silence pendant mille ans.

Un carrefour au bout du monde connu

Construite au bord du lac Lop Nor, elle était la première halte des voyageurs qui entraient dans les territoires de l'Ouest depuis la Chine  et le dernier point d'appui avant de s'enfoncer plus loin. Vers le nord, les steppes. Vers l'ouest, les cols du Pamir, puis l'Asie centrale, puis des horizons que peu avaient vus.

C'est cette position qui fit de Loulan, à son apogée, un lieu où se croisaient caravanes, émissaires, moines et marchands venus de partout. Les soieries de Chine y changeaient de mains. Le verre et les épices d'Asie centrale y circulaient. Des langues, des croyances, des visages différents coexistaient dans cette petite oasis du désert.

Les Sogdiens


Sur cette route, un peuple mérite d'être retenu : les Sogdiens.

Originaires de Samarcande et de Boukhara, dans l'actuel Ouzbékistan, ils furent pendant des siècles le peuple commerçant le plus actif de la Route de la Soie, de la dynastie Han jusqu'aux Tang. Marchands, interprètes, messagers, ils étaient les véritables passeurs entre les civilisations.

À Dunhuang, on a retrouvé des lettres en écriture sogdienne, parmi les plus anciens documents commerciaux connus de la Route de la Soie.

Soie sogdienne

Le temps plié en deux

C'est tout cela que le designer Qin Yuèbīn a comprimé dans une seule image.


Les contours de Loulan, les sommets enneigés du Pamir, les silhouettes d'une caravane sogdienne. Puis, plus loin, les colonnades de Rome, les arches de pierre de Venise, les vestiges de la civilisation classique occidentale posés face au désert d'Orient. Des colonnes à demi effondrées, des blocs épars, un ruban violet qui s'enroule. Un oiseau qui passe au-dessus des ruines.


Loulan a disparu. Rome a décliné. Mais elles ont partagé la même route.


Cela, le sable ne peut pas l'effacer.

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