Il y a des départs dont on ne connaît pas la destination. On sait seulement qu'une fois la porte franchie, le monde derrière soi n'existe plus tout à fait. Jiayuguan. L'extrémité occidentale de la Grande Muraille de Chine, là où la pierre cède la place au désert. Pendant deux millénaires, d'innombrables voyageurs sont passés par là : émissaires, moines, marchands, caravaniers. Ils emportaient de la soie, de la porcelaine, des mots. Et quelque chose de plus difficile à nommer : une certaine disposition à croire en ce qui se trouve au loin.
Une porte, mille départs
Les murs de Jiayuguan sont couleur de terre. La même couleur que les monts Qilian derrière et que le Gobi devant. Leur beauté demande du temps.
Zhang Qian franchit cette passe au service de l'empereur Han Wudi, animé autant par la mission que par la curiosité. Il mit treize ans à revenir. Dans ses bagages : des nouvelles de l'Occident, des récits de peuples inconnus, et quelque chose de la terre traversée : ses odeurs et ses graines.
Xuanzang, lui, quitta Chang'an seul, à pied, en direction de l'Inde. Il en revint dix-sept ans plus tard, avec six cents rouleaux de sutras.
Les fresques de Dunhuang, que ces caravanes longeaient en chemin, gardent la trace de ces rencontres.
De l'autre côté de la passe, rien n'était garanti. Seulement le vent, et le sable. Pourtant les gens continuaient à partir.
Le désert n'est pas silence
Le peuplier de Sogdiane pousse dans des terres alcalines depuis des millénaires. Ses feuilles changent de couleur avec les saisons, or, vert profond ou blanc cassé, année après année, avec une constance tranquille.
Les dunes de Mingsha se déplacent au gré du vent. La dune d'hier n'est plus tout à fait celle d'aujourd'hui.
Dans les grottes de Dunhuang, des mains ont peint des apsaras en vol, des instruments de musique, des chevaux ailés. Ce n'était pas de la décoration. C'était une façon de laisser une trace de ce qu'on avait vu, voulu, cru. Mille ans ont passé. Les couleurs tiennent encore.
La caravane trace la route
Sur la Route de la Soie, le chameau est la figure la plus silencieuse.
Il n'est pas rapide. Mais il est régulier. Quand la tempête de sable arrive, il baisse la tête. Quand elle passe, il repart. Une caravane quitte Jiayuguan, traverse Dunhuang, longe Loulan, atteint Samarcande, puis Constantinople.
Elle emporte de la soie. Elle revient avec du verre, des épices, de la musique, et les dieux d'ailleurs.
Personne n'a tracé cette route sur une carte. Elle s'est formée à force de départs, un pas après l'autre.
Ce que ce foulard a voulu retenir
Quand le designer Qin Yuèbīn a composé cette illustration, il y a mis tout cela.
Au centre, la forteresse de Jiayuguan. Devant ses murs, une caravane s'avance vers l'ouest. Sur les falaises, le kalavinka, cet oiseau du bouddhisme dont le chant, dit-on, apaise ceux qui l'entendent, déploie ses ailes. Dans les branches du peuplier : des apsaras, un cheval ailé, des fleurs de lotus. Au loin, les dunes de Mingsha et les silhouettes des cités d'Occident dans la brume de sable.
Ce n'est pas un tableau historique. C'est le souvenir de quelqu'un qui se retourne une dernière fois avant de partir et qui grave dans sa mémoire ce ciel, ce fleuve, ce chant d'oiseau.
Sur une soie de mûrier 18 mommes, ces images ne sont pas imprimées, elles sont déposées. La lumière naturelle de la soie leur donne un souffle que le papier ne pourrait pas rendre. Ce que l'on voit change selon la façon de plier, de nouer, de porter.