Il existe des villes que leur position oblige à devenir des lieux de rencontre. Quanzhou est de celles-là. Entre les dynasties Song et Yuan, du Xe au XIVe siècle, ce port de la côte sud-est de la Chine était connu des visiteurs étrangers sous le nom de "Zaytun", la Cité du Flamboyant, d'après les arbres aux fleurs rouge vif qui bordaient ses remparts chaque printemps. Les marchands arabes l'appelaient Zaytun. Marco Polo, en quittant la Chine par ce port, l'appela "l'Alexandrie de l'Orient" et écrivit : "Les marchands y affluent de toutes parts et les marchandises s'y accumulent en quantités prodigieuses." Ibn Battuta, qui y fit escale au XIVe siècle, nota que c'était l'un des plus grands ports qu'il eût jamais vus.
Comment un port peut contenir le monde
L'âge d'or de Quanzhou s'étend des Song du Sud à la dynastie Yuan, soit environ du Xe au XIVe siècle. Elle était alors reconnue comme le "premier port d'Orient", entretenant des relations commerciales avec plus de cent pays et régions.
Son ouverture n'était pas seulement commerciale.
Les marchands persans y construisirent la mosquée Qingjing, l'une des plus anciennes mosquées encore debout en Chine, fondée en 1009. Les marchands indiens laissèrent derrière eux des centaines de stèles sculptées selon la tradition hindoue, les seuls vestiges de ce type conservés en Chine. Les chrétiens gravèrent les "croix de Zaytun", des croix de pierre où se mêlent des motifs de lotus, deux civilisations se serrant la main dans la même pierre. Sur la colline Jiuri, lorsque les navires marchands s'apprêtaient à partir, des officiels célébraient un rituel pour demander aux moussons de souffler en leur faveur.
Des dieux différents, partageant le même ciel. Des langues différentes, partageant le même port.
La mer, la plus ancienne des routes
Quand on pense à la Route de la Soie, on imagine des chameaux, des déserts, des caravanes. Mais sous les Song et les Yuan, ce qui reliait vraiment le monde, c'était la mer.
Les navires partant de Quanzhou descendaient vers le sud, puis l'ouest, traversaient l'océan Indien, atteignaient le golfe Persique, puis longeaient la côte orientale de l'Afrique. Ce qu'ils laissaient derrière eux n'était pas que du commerce, sur les côtes du Kenya et de Tanzanie, des archéologues ont retrouvé des fragments de porcelaine chinoise, et certains villages conservent encore des traditions liées aux navigateurs chinois.
Le temps plié en deux
Le designer Qin Yuèbīn a choisi une vue plongeante pour saisir tout cela dans une seule image.
Des navires de toutes origines se côtoient dans la même baie : jonques chinoises, boutres arabes à voile triangulaire et carracks européens à fond rond. Les mâts se dressent, les pavillons diffèrent. Sur les quais, la foule circule. Les montagnes s'étendent au loin. Une boussole flotte dans le ciel, des étoiles sont éparpillées à l'horizon. Dans un angle, un dôme islamique et un pavillon chinois se tiennent côte à côte.
Ce n'est pas la reconstitution d'un instant historique. C'est un état : celui où des navires différents, des gens différents, des dieux différents coexistaient dans le même espace maritime.